Boule de Suif (Maupassant)

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Boule de Suif
1880
Résumé de la nouvelle
L'original se lit en 86 minutes
Micro-résumé
Des notables fuyaient avec une prostituée qui les a nourris. Bloqués, ils l'ont forcée à se donner à l'ennemi pour repartir. Libérés, ils l'ont méprisée et ont mangé devant elle sans rien lui offrir.

Résumé court

Rouen, hiver 1870. Après la déroute française, les Prussiens occupent la ville. Dix personnes obtiennent un laissez-passer pour fuir en diligence vers le Havre.

Le groupe hétéroclite inclut des couples fortunés, deux religieuses, un démocrate et une courtisane. Le voyage est lent et la faim tiraille les passagers. Seule la prostituée a prévu des provisions.

👩🏻
Élisabeth Rousset (Boule de suif) — prostituée patriote, petite et très grasse, visage de pomme rouge; jeune femme; généreuse, digne, se sacrifie pour le groupe qui la rejette ensuite avec mépris.

Elle partage généreusement son panier. À l'étape de Tôtes, un officier prussien interdit au groupe de repartir si Élisabeth ne cède pas à ses avances. Elle refuse d'abord avec indignation par fierté patriotique.

Bloqués plusieurs jours, les « honnêtes gens » s'allient pour la faire fléchir. Par des manœuvres hypocrites et morales, ils la persuadent de se sacrifier pour le bien de tous. Elle finit par se rendre à l'officier.

Le lendemain, l'officier libère la voiture. Les voyageurs reprennent leur distance et mangent goulûment leurs réserves devant Élisabeth, qui n'a rien et qu'ils ignorent désormais totalement.

Isolée dans son coin, elle étouffe de honte et de rage.

Personne ne la regardait, ne songeait à elle. Elle se sentait noyée dans le mépris de ces gredins honnêtes qui l’avaient sacrifiée d’abord, rejetée ensuite, comme une chose malpropre et inutile.

Tandis qu'elle sanglote dans les ténèbres, le démocrate Cornudet siffle la Marseillaise avec obstination, vengeur et ironique, tourmentant la conscience des autres passagers jusqu'à l'arrivée.

Résumé détaillé

Le découpage en sections est éditorial.

Linvasion prussienne et lexode des notables

Pendant plusieurs jours, des débris de l'armée française en déroute traversèrent la ville de Rouen. Ce n'était plus une troupe organisée, mais des hordes débandées, sales et épuisées, marchant sans discipline ni drapeau.

Les hommes avaient la barbe longue et sale, des uniformes en guenilles, et ils avançaient d’une allure molle... Tous semblaient accablés, éreintés, incapables d’une pensée ou d’une résolution...

Après le départ des derniers soldats français et du général désespéré, un calme angoissant s'abattit sur la cité normande. L'attente de l'ennemi figea la vie quotidienne, fermant boutiques et volets.

Les habitants, dans leurs chambres assombries, avaient l’affolement que donnent les cataclysmes... Car la même sensation reparaît chaque fois que l’ordre établi des choses est renversé...

L'arrivée des Allemands se fit précise et massive. Les bataillons défilèrent, les commandements gutturaux résonnèrent, et l'occupation commença. Cependant, la première terreur passée, une certaine routine s'installa. Les officiers prussiens logeaient chez l'habitant et se montraient parfois polis. Rouen reprit peu à peu son aspect ordinaire, bien qu'une odeur d'invasion flottât dans l'air. Néanmoins, quelques commerçants aisés, ayant des intérêts au Havre encore tenu par l'armée française, ressentaient le besoin de quitter la ville occupée. Ils firent jouer leurs relations pour obtenir une autorisation de départ du général en chef ennemi. Une grande diligence fut réservée pour dix personnes, et le départ fut fixé à un mardi matin, avant le jour.

Une diligence hétéroclite dans la neige

Le jour du départ, à quatre heures et demie du matin, les voyageurs se réunirent dans la cour de l'Hôtel de Normandie. Il neigeait abondamment, ce qui promettait de rendre le voyage difficile. Les passagers montèrent dans la voiture, s'installant selon leurs affinités sociales. Au fond, aux meilleures places, se trouvaient M. et Mme Loiseau.

🍷
M. Loiseau — marchand de vins en gros, petit, ventre en ballon, face rougeaude; environ 50 ans; filou, blagueur grossier, opportuniste, moteur de la conspiration.

À côté de lui siégeait son épouse.

👵🏻
Mme Loiseau — épouse du marchand, grande, forte, voix haute; environ 45-50 ans; avare, méchante, méprise ouvertement Boule de suif tout en mangeant ses provisions.

Près d'eux avaient pris place des représentants d'une caste supérieure : M. Carré-Lamadon, un homme d'importance dans l'industrie cotonnière.

🎩
M. Carré-Lamadon — industriel du coton, officier de la Légion d'honneur; homme posé; politiquement opposé à l'Empire, riche, pragmatique et égoïste.

Il voyageait avec sa jeune femme.

💃🏻
Mme Carré-Lamadon — épouse de l'industriel, jeune, jolie, mignonne; consolation des officiers; superficielle, trouve l'officier prussien pas mal du tout.

Le troisième couple appartenait à la noblesse : le comte et la comtesse Hubert de Bréville.

🤴🏻
Comte Hubert de Bréville — vieux gentilhomme riche, ressemble à Henri IV; aristocrate; poli mais manipulateur, utilise sa position sociale pour persuader Boule de suif de céder.

Son épouse tenait le premier salon du pays.

👒
Comtesse de Bréville — aristocrate de grand air, épouse du comte; femme d'âge mûr; socialement habile, utilise des arguments religieux fallacieux pour faire plier Boule de suif.

Face à ces gens de bien, deux bonnes sœurs égrenaient leur chapelet. Enfin, isolés des autres, se trouvaient un démocrate connu, Cornudet, et une femme galante célèbre.

🧔🏻
Cornudet le démoc — démocrate à barbe rousse, buveur de bière; homme d'âge mûr; hypocrite, refuse de comploter mais ne défend pas Boule de suif et mange les œufs à la fin.

La femme était surnommée Boule de suif.

La générosité de Boule de Suif face à la faim

Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis... elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait plaisir à voir. Sa figure était une pomme rouge...

Sa présence provoqua l'indignation immédiate des femmes honnêtes, qui firent front commun contre cette "honte publique". Les hommes, eux, parlèrent d'argent avec dédain pour les pauvres. La voiture avançait avec une lenteur exaspérante dans la neige profonde. À dix heures, ils n'avaient pas fait quatre lieues. La faim commença à se faire sentir cruellement, d'autant qu'aucune auberge n'était ouverte sur la route ravagée par la guerre. Vers une heure de l'après-midi, tous les ventres criaient famine. Seule Boule de suif avait eu la prévoyance d'emporter des provisions. Elle sortit timidement un panier rempli de bonnes choses : poulets en gelée, pâtés, fruits et vin. L'odeur de la nourriture exacerba la souffrance des autres voyageurs. Avec humilité, la jeune femme proposa de partager son repas, d'abord aux religieuses, puis à ses voisins. Loiseau, affamé, accepta le premier, entraînant les autres à sa suite. La barrière sociale tomba devant l'appétit, et l'on mangea, vida le panier et but le vin dans la timbale de la prostituée. La conversation s'engagea alors, plus détendue. On parla de la guerre et des Prussiens. Boule de suif raconta avec émotion pourquoi elle avait dû fuir Rouen, exprimant une haine viscérale de l'envahisseur.

Je les regardais de ma fenêtre, ces gros porcs avec leur casque à pointe... Puis il en est venu pour loger chez moi ; alors j’ai sauté à la gorge du premier. Ils ne sont pas plus difficiles à étrangler...

Son patriotisme sincère lui valut l'estime momentanée de ses compagnons, et même les dames nobles se sentirent plus proches de cette femme pleine de dignité.

Larrêt forcé à Tôtes et lexigence de lennemi

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque la diligence arriva enfin à Tôtes, devant l'Hôtel du Commerce. Aussitôt, une voix allemande retentit, figeant les voyageurs dans la crainte. La portière s'ouvrit sur un officier prussien.

👮🏼
L'Officier prussien — jeune homme grand, mince, blond, taille de guêpe en uniforme; insolent, autoritaire, bloque la diligence tant que Boule de suif ne couche pas avec lui.

Il examina leurs papiers avec arrogance avant de les laisser entrer dans la cuisine de l'auberge. On se réchauffa, on commanda le souper, mais une inquiétude persistait. L'aubergiste, M. Follenvie, un homme asthmatique, vint chercher Boule de suif, annonçant que l'officier prussien voulait lui parler. D'abord réticente, elle finit par y aller sous la pression du groupe qui craignait des représailles. Elle revint dix minutes plus tard, rouge de colère, murmurant « Oh la canaille ! », mais refusa d'expliquer ce qui s'était passé. Le dîner reprit, presque joyeux, arrosé de cidre et de vin. M. Follenvie et sa femme se joignirent aux conversations politiques, où Cornudet défendait la république tandis que les autres rêvaient d'ordre. Loiseau, toujours opportuniste, vendit même du vin à l'aubergiste. La nuit fut ponctuée par les bruits de couloir que Loiseau tenta d'espionner par le trou de la serrure, découvrant que Cornudet avait tenté, sans succès, d'entrer dans la chambre de Boule de suif, repoussé par une pudeur patriotique inattendue : elle refusait de faire cela avec des Prussiens à côté.

Lattente et le chantage de lofficier

Le lendemain matin, les voyageurs prêts à partir ne trouvèrent ni chevaux ni cocher. Ce dernier buvait au café avec l'ordonnance de l'officier. On apprit que l'interdiction d'atteler venait directement du commandant prussien. L'angoisse monta d'un cran. Les trois hommes tentèrent de parlementer avec l'officier. Celui-ci, fumant sa pipe et ne daignant même pas se lever, leur opposa un refus catégorique et laconique : « Che ne feux pas ». Ils passèrent une après-midi lamentable, échafaudant les hypothèses les plus effrayantes, craignant d'être gardés en otages ou rançonnés. Au dîner, M. Follenvie réapparut avec le même message pour Boule de suif : l'officier demandait si elle avait changé d'avis. Devant l'incompréhension générale, elle finit par révéler la nature du chantage : le Prussien exigeait de coucher avec elle pour les laisser repartir. L'indignation fut d'abord générale et violente contre cette exigence ignoble. Tous soutinrent Boule de suif, louant sa vertu et sa résistance. Le comte compara même les Prussiens aux anciens barbares. Cependant, le lendemain, la situation n'avait pas évolué. L'ennui et le froid de l'hiver normand commencèrent à peser sur le moral. Lors d'une promenade aux alentours, ils virent l'officier passer avec arrogance, ce qui humilia les dames et irrita les hommes. Le soir, l'atmosphère se tendit. On en voulait presque à Boule de suif de ne pas céder secrètement pour libérer tout le monde. L'égoïsme reprenait ses droits.

La conspiration morale des voyageurs

Le troisième jour, l'exaspération était à son comble. Une conspiration se forma tacitement pour contraindre la jeune femme à céder. On ne lui parla plus que froidement, l'appelant « Mademoiselle » pour marquer la distance. Mme Loiseau exprima tout haut ce que tous pensaient tout bas : puisque c'était son métier, pourquoi refusait-elle ce Prussien alors qu'elle s'offrait à tant d'autres ? Les arguments devinrent plus subtils. Au déjeuner, on évoqua des exemples historiques de femmes ayant sacrifié leur chasteté pour de grandes causes, comme Judith ou Lucrèce. On loua le dévouement absolu. Les dames de la haute société manièrent l'allusion avec une délicatesse perverse, transformant le caprice du soldat en une occasion d'héroïsme. Mais le coup de grâce vint de la religion. La vieille religieuse, sollicitée par la comtesse, apporta une justification théologique inattendue.

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La vieille religieuse — bonne sœur au visage défoncé par la petite vérole; femme âgée; audacieuse, justifie moralement l'acte demandé à Boule de suif par la casuistique.

Une action blâmable en soi devient souvent méritoire par la pensée qui l’inspire... et rien, à son avis, ne pouvait déplaire au Seigneur quand l’intention était louable.

Elle expliqua qu'elles étaient attendues au Havre pour soigner des soldats malades, et que ce retard condamnait peut-être des vies françaises. Ainsi, le refus de Boule de suif devenait presque coupable aux yeux de Dieu et des hommes. La résistance de la jeune femme s'effrita sous ces assauts conjugués de la morale, de l'histoire et de la foi. On la laissa réfléchir seule l'après-midi, puis le comte, usant de son autorité paternelle et mondaine, alla la trouver pour lui exposer la situation sans détour, la flattant et la culpabilisant tour à tour.

Le sacrifice nocturne et la joie des compagnons

Au dîner, Boule de suif ne descendit pas. Follenvie annonça qu'elle était « indisposée », un euphémisme que tous comprirent immédiatement : elle avait cédé. Une joie immense et vulgaire s'empara des voyageurs. Loiseau commanda du champagne pour fêter la « délivrance ». Les masques de la bienséance tombèrent un peu, laissant place à des plaisanteries grivoises que même les dames nobles tolérèrent avec le sourire. Seul Cornudet sembla désapprouver, qualifiant l'acte d'« infamie », ce qui lui valut les moqueries de Loiseau rappelant son échec auprès de la belle quelques soirs plus tôt. La soirée fut gaie, bruyante, et l'on se coucha tard, l'esprit léger, tandis que dans l'ombre du corridor, le sacrifice de la patriote s'accomplissait dans les bras de l'ennemi.

Le départ final : ingratitude et humiliation

Le lendemain, un soleil d'hiver illuminait la neige. La diligence attelée attendait. Les voyageurs, rayonnants, s'installèrent. Boule de suif arriva la dernière, honteuse et troublée. Mais l'accueil fut glacial. Tous se détournèrent d'elle comme d'une chose malpropre. Le comte prit sa femme par le bras pour l'éloigner de ce contact impur. Personne ne lui parla, personne ne la remercia. Elle reprit sa place au fond de la voiture, isolée dans le mépris général. Le voyage reprit. Au bout de quelques heures, la faim revint. Cette fois, tout le monde avait prévu des provisions, sauf Boule de suif qui, dans son désarroi matinal, n'avait rien emporté. Les Loiseau, les Carré-Lamadon et les Bréville déballèrent charcuteries, gibiers et fromages. Ils mangèrent goulûment sous les yeux de celle qui les avait sauvés de la famine quelques jours plus tôt, sans lui offrir la moindre miette. Écrasée par cette ingratitude féroce et par le souvenir de sa nuit d'humiliation, elle sentit les larmes monter.

Elle fit des efforts terribles, se raidit, avala ses sanglots comme les enfants... mais les pleurs montaient... et bientôt deux grosses larmes, se détachant des yeux, roulèrent lentement sur ses joues.

Mme Loiseau commenta cruellement qu'elle pleurait sa honte. Cornudet, insensible à sa détresse mais voulant narguer ses compagnons conservateurs, se mit à siffler la Marseillaise avec obstination. Pendant des heures, dans l'obscurité tombante, la mélodie patriotique et vengeresse accompagna les sanglots de la victime sacrifiée, tandis que les honnêtes gens, exaspérés par le chant mais repus et libres, voyageaient vers leur destination.