Le Malade imaginaire (MoliĂšre)
Résumé trÚs court
Paris, XVIIe siÚcle. Argan était obsédé par sa santé et dépensait des fortunes en remÚdes et lavements prescrits par son médecin Purgon et son apothicaire Fleurant.
Sa servante Toinette se moquait de cette manie. Argan voulut marier sa fille Angélique à Thomas Diafoirus, fils d'un médecin, pour avoir des soins médicaux gratuits dans sa famille. Mais Angélique aimait Cléante, un jeune homme qu'elle avait rencontré par hasard et qui l'avait défendue.
Toinette s'opposa fermement au mariage avec Diafoirus, ce qui mit Argan en colÚre. Il menaça d'envoyer sa fille au couvent si elle refusait d'épouser Thomas. Sa seconde épouse Béline encourageait ces projets, espérant hériter de toute la fortune d'Argan en éloignant ses filles.
Le frÚre d'Argan, Béralde, tenta de le raisonner sur son obsession de la médecine et sur le mariage forcé. Pendant leur discussion, Argan refusa de prendre un lavement, ce qui provoqua la fureur de Purgon. Le médecin rompit avec lui et le maudit, prédisant qu'il mourrait bientÎt de maladies terribles.
Pour démasquer Béline, Toinette suggéra à Argan de faire le mort. Quand Béline le crut décédé, elle se réjouit et le décrivit comme
Un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur...
Argan se releva, dĂ©masquant ainsi l'hypocrisie de son Ă©pouse. AngĂ©lique, elle, pleura sincĂšrement son pĂšre. TouchĂ©, Argan accepta finalement qu'elle Ă©pouse ClĂ©ante, Ă condition que celui-ci devienne mĂ©decin. BĂ©ralde proposa alors qu'Argan lui-mĂȘme devienne mĂ©decin lors d'une cĂ©rĂ©monie burlesque.
Résumé détaillé par actes
Les titres des actes et leur division en sections sont éditoriaux.
Acte 1. Argan le malade imaginaire et le mariage forcé
Les comptes de lapothicaire et linsolence de Toinette
Dans sa chambre parisienne, Argan était assis devant une table, comptant avec des jetons les factures de son apothicaire. Il additionnait les sommes et vérifiait chaque prescription. Ce qui lui plaisait chez son apothicaire, c'était que ses factures étaient toujours fort civiles, mais il trouvait les prix excessifs. Un lavement à trente sols lui semblait trop cher, alors qu'auparavant on ne lui en demandait que vingt. Il réduisait mentalement chaque somme de moitié.
Il continua à examiner les différentes potions et clystÚres prescrits par son médecin. Pour un julep hépatique qui l'avait bien fait dormir, il ne se plaignait pas. Mais pour une médecine purgative composée de casse récente avec séné levantin, quatre livres lui paraissaient exorbitantes. Il décida de ne mettre que trois livres. Argan compta ainsi toutes les médecines et tous les lavements du mois.
Si bien donc que de ce mois jâai pris... huit mĂ©decines ; et... douze lavements ; et lâautre mois il y avait douze mĂ©decines, et vingt lavements. Je ne mâĂ©tonne pas si je ne me porte pas si bien ce mois-ci que lâautre.
Il dĂ©cida d'en parler Ă son mĂ©decin pour qu'il mette ordre Ă cela. Puis il demanda qu'on vienne enlever tous ces papiers, mais personne ne rĂ©pondit. Il sonna sa sonnette Ă plusieurs reprises, mais en vain. Furieux d'ĂȘtre laissĂ© seul, il cria et injuria sa servante, l'appelant chienne et coquine. Enfin, Toinette arriva. Elle prĂ©tendit s'ĂȘtre cognĂ©e la tĂȘte contre un volet Ă cause de son impatience.
Chaque fois qu'Argan tentait de la quereller, elle l'interrompait en se plaignant. Elle lui fit remarquer que l'un valait bien l'autre : lui s'Ă©tait Ă©gosillĂ©, elle s'Ă©tait cassĂ© la tĂȘte. Argan dut renoncer au plaisir de la gronder. Toinette lui fit observer que son apothicaire et son mĂ©decin s'enrichissaient sur son dos et qu'elle aimerait bien leur demander quel mal il avait pour lui faire prendre tant de remĂšdes. Argan lui ordonna de faire venir sa fille AngĂ©lique.
Lamour dAngélique et le mariage arrangé avec Thomas Diafoirus
AngĂ©lique arriva, prĂȘte Ă Ă©couter son pĂšre. Mais Argan dut s'absenter un instant pour aller au bassin. RestĂ©e seule avec Toinette, AngĂ©lique lui confia qu'elle voulait lui parler de quelque chose. La servante devina immĂ©diatement qu'il s'agissait de son jeune amant, car depuis six jours tous leurs entretiens tournaient autour de lui.
AngĂ©lique avoua qu'elle ne pouvait se lasser de parler de lui et que son cĆur profitait de tous les moments pour s'ouvrir. Elle demanda Ă Toinette si elle condamnait les sentiments qu'elle avait pour ce jeune homme. La servante la rassura. AngĂ©lique Ă©voqua l'aventure inopinĂ©e de leur rencontre, quand il avait embrassĂ© sa dĂ©fense sans la connaĂźtre. Elle trouvait qu'on ne pouvait pas en user plus gĂ©nĂ©reusement. Toinette acquiesçait Ă tout. AngĂ©lique lui demanda si elle ne trouvait pas qu'il Ă©tait bien fait de sa personne, qu'il avait l'air le meilleur du monde, et que ses discours avaient quelque chose de noble. Mais elle s'inquiĂ©tait de savoir s'il l'aimait autant qu'il le disait. Toinette lui rĂ©pondit que les grimaces d'amour ressemblaient fort Ă la vĂ©ritĂ©. Cependant, la rĂ©solution qu'il avait prise de la faire demander en mariage serait la bonne preuve de ses sentiments. Ă ce moment, Argan revint.
Les manipulations de Béline et le testament
Argan annonça à sa fille qu'on la demandait en mariage. Voyant qu'elle riait, il lui dit qu'il n'avait pas besoin de lui demander si elle voulait bien se marier. Angélique répondit qu'elle devait faire tout ce qu'il lui plairait de lui ordonner. Argan se réjouit d'avoir une fille si obéissante et lui dit que la chose était conclue. Sa femme Béline avait voulu la faire religieuse, mais lui avait emporté la décision et donné sa parole. Angélique le remercia de toutes ses bontés. Toinette approuva cette action sage. Argan décrivit le prétendant comme un grand jeune garçon bien fait, de belle taille, agréable de sa personne, sage et bien né. Angélique acquiesçait à tout. Mais quand Argan mentionna qu'il parlait bien latin et grec et qu'il serait reçu médecin dans trois jours, Angélique fut surprise. Elle apprit alors qu'il s'agissait du neveu de son médecin, le fils d'un autre médecin, et qu'il s'appelait Thomas Diafoirus, et non Cléante comme elle l'avait cru.
Toinette s'indigna de ce dessein burlesque. Argan se mit en colÚre, mais elle lui demanda de raisonner calmement. Elle voulut savoir quelle était sa raison pour un tel mariage.
Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliĂ©s mĂ©decins, afin de mâappuyer de bons secours contre ma maladie... et dâĂȘtre Ă mĂȘme des consultations et des ordonnances.
Toinette lui demanda s'il Ă©tait vraiment malade. Argan s'emporta. Elle insista sur le fait que sa fille devait Ă©pouser un mari pour elle, et non pour lui. Argan rĂ©pliqua que c'Ă©tait pour lui qu'il lui donnait ce mĂ©decin, et qu'une fille de bon naturel devait ĂȘtre ravie d'Ă©pouser ce qui Ă©tait utile Ă la santĂ© de son pĂšre. Toinette lui conseilla de ne point songer Ă ce mariage, car sa fille n'y consentirait point. Argan menaça de la mettre dans un couvent si elle refusait. Toinette affirma qu'il n'en aurait pas le cĆur, que la tendresse paternelle le prendrait. Argan se fĂącha et courut aprĂšs Toinette avec son bĂąton. Elle se sauva en dĂ©clarant qu'elle ne consentirait jamais Ă ce mariage.
Quand un maĂźtre ne songe pas Ă ce quâil fait, une servante bien sensĂ©e est en droit de le redresser. ... Il est de mon devoir de mâopposer aux choses qui vous peuvent dĂ©shonorer. ... Je ne consentirai jamais Ă ce mariage.
Argan demanda Ă AngĂ©lique d'arrĂȘter cette coquine, mais sa fille lui dit de ne pas se faire malade. Il menaça de lui donner sa malĂ©diction si elle ne l'aidait pas. Toinette dĂ©clara qu'elle la dĂ©shĂ©riterait si elle lui obĂ©issait. ĂpuisĂ©, Argan se jeta dans sa chaise en disant que tout cela allait le faire mourir. Sa femme BĂ©line arriva alors.
Argan se plaignit Ă elle que Toinette Ă©tait devenue plus insolente que jamais et l'avait mis en colĂšre. BĂ©line le calma avec des mots tendres, l'appelant son petit fils, son ami, mamour. Elle dĂ©fendit Toinette en disant qu'elle Ă©tait adroite, soigneuse et surtout fidĂšle. Elle fit venir la servante et lui demanda pourquoi elle mettait son mari en colĂšre. Toinette nia tout d'un ton doucereux. BĂ©line fit semblant de la gronder, puis installa confortablement Argan dans sa chaise avec des oreillers. Toinette lui mit rudement un oreiller sur la tĂȘte, prĂ©tendant le protĂ©ger du serein. Argan se leva en colĂšre, croyant qu'elle voulait l'Ă©touffer. BĂ©line le calma de nouveau. Argan lui dit qu'il voulait faire son testament comme il le lui avait promis. BĂ©line feignit de ne pas vouloir entendre parler de cela, mais elle avait dĂ©jĂ amenĂ© le notaire avec elle. Le notaire expliqua Ă Argan qu'il ne pouvait rien donner Ă sa femme par testament Ă cause de la Coutume. Mais il lui suggĂ©ra des moyens dĂ©tournĂ©s pour contourner la loi. BĂ©line fit semblant de refuser tout cela, mais demanda combien il y avait dans son alcĂŽve et de combien Ă©taient les deux billets. Ils partirent tous les trois dans le cabinet pour procĂ©der au testament. RestĂ©e seule avec AngĂ©lique, Toinette lui dit qu'elle avait entendu parler de testament et que c'Ă©tait sans doute une conspiration de sa belle-mĂšre contre ses intĂ©rĂȘts. Elle promit de l'aider et dĂ©cida de changer de tactique en feignant d'entrer dans les sentiments de son pĂšre et de sa belle-mĂšre.
Acte 2. La visite des Diafoirus et les stratagĂšmes
Cléante déguisé en maßtre de musique et la famille Diafoirus
Au deuxiĂšme acte, ClĂ©ante se prĂ©senta chez Argan dĂ©guisĂ© en ami du maĂźtre de musique d'AngĂ©lique. Il expliqua que le maĂźtre avait dĂ» partir Ă la campagne et l'envoyait Ă sa place pour continuer les leçons. Argan accepta et fit venir AngĂ©lique. La jeune fille reconnut ClĂ©ante et fut surprise. Elle prĂ©tendit avoir rĂȘvĂ© de lui cette nuit. Toinette annonça alors l'arrivĂ©e de la famille Diafoirus. Argan demanda Ă ClĂ©ante de rester pour ĂȘtre tĂ©moin de l'entrevue. Les deux mĂ©decins arrivĂšrent. Argan et le pĂšre se mirent Ă parler en mĂȘme temps, s'interrompant mutuellement. Puis Thomas Diafoirus s'avança pour faire ses compliments.
C'était un grand dadais nouvellement sorti des écoles qui faisait toutes choses de mauvaise grùce et à contretemps. Il salua Argan avec un compliment emphatique, le reconnaissant comme un second pÚre. Toinette se moqua de lui en disant que les collÚges formaient de bien habiles hommes. Thomas se trompa ensuite en s'adressant à Angélique, la prenant pour sa belle-mÚre. Une fois l'erreur corrigée, il lui fit un compliment ridicule.
Mademoiselle, ne plus ne moins que la statue de Memnon rendait un son harmonieux... tout de mĂȘme me sens-je animĂ© dâun doux transport Ă lâapparition du soleil de vos beautĂ©s... ainsi que vers son pĂŽle unique.
ClĂ©ante remarqua ironiquement que s'il Ă©tait aussi bon mĂ©decin qu'il Ă©tait bon orateur, il y aurait plaisir Ă ĂȘtre de ses malades. Le pĂšre de Thomas fit son Ă©loge, expliquant qu'il n'avait jamais eu l'imagination bien vive, mais que cette lenteur Ă comprendre Ă©tait la marque d'un bon jugement. Il s'Ă©tait rendu redoutable dans les disputes de l'Ăcole et s'attachait aveuglĂ©ment aux opinions des anciens, refusant d'Ă©couter les prĂ©tendues dĂ©couvertes sur la circulation du sang. Thomas prĂ©senta Ă AngĂ©lique une thĂšse qu'il avait soutenue contre les circulateurs. Il l'invita aussi Ă venir voir la dissection d'une femme. Toinette se moqua en disant que c'Ă©tait plus galant que de donner la comĂ©die. Argan demanda alors Ă ClĂ©ante de faire chanter sa fille devant la compagnie. ClĂ©ante proposa de chanter avec AngĂ©lique une scĂšne d'un petit opĂ©ra. Dans cette scĂšne improvisĂ©e, chacun trouva moyen d'exprimer Ă l'autre la tristesse qu'il ressentait du mariage projetĂ©. Argan les interrompit avec impatience. BĂ©line arriva sur ces entrefaites.
Linterrogatoire de Louison et larrivée de Béralde
Thomas Diafoirus commença un compliment pour BĂ©line, mais sa mĂ©moire lui manqua. Argan demanda Ă AngĂ©lique de toucher dans la main de Thomas et de lui donner sa foi comme Ă son mari. AngĂ©lique supplia son pĂšre de ne pas prĂ©cipiter les choses et de leur donner le temps de se connaĂźtre. Thomas rĂ©pondit qu'il n'avait pas besoin d'attendre. AngĂ©lique avoua que son mĂ©rite n'avait pas encore fait assez d'impression dans son Ăąme. Argan dit que cela aurait le loisir de se faire quand ils seraient mariĂ©s. BĂ©line insinua qu'AngĂ©lique avait peut-ĂȘtre quelque inclination en tĂȘte. Argan menaça sa fille de l'enfermer dans un couvent si elle ne se mariait pas dans quatre jours. Les Diafoirus prirent congĂ©. Avant de partir, ils examinĂšrent le pouls d'Argan. Thomas diagnostiqua une intempĂ©rie dans le parenchyme splĂ©nique. Argan objecta que son mĂ©decin disait que c'Ă©tait son foie qui Ă©tait malade, mais le pĂšre Diafoirus rĂ©pondit que c'Ă©tait la mĂȘme chose Ă cause de l'Ă©troite sympathie entre les organes. AprĂšs leur dĂ©part, BĂ©line informa Argan qu'elle avait vu un jeune homme avec AngĂ©lique dans sa chambre. Argan fit venir sa petite fille Louison pour l'interroger.
La petite fille nia d'abord avoir vu quoi que ce soit. Argan menaça de la fouetter. Louison finit par avouer qu'un homme Ă©tait venu dans la chambre de sa sĆur, se prĂ©sentant comme son maĂźtre Ă chanter. AngĂ©lique lui avait dit de sortir, mais il ne voulait pas partir. Puis BĂ©line Ă©tait arrivĂ©e et il s'Ă©tait enfui. Argan fit semblant que son petit doigt lui disait qu'il y avait autre chose. Louison protesta que son petit doigt Ă©tait un menteur. Argan la laissa partir. Son frĂšre BĂ©ralde arriva alors.
Acte 3. La guérison dArgan et le dénouement
Les arguments de Béralde contre la médecine
Béralde était venu proposer un parti pour Angélique. Argan se mit en colÚre en parlant de sa fille, qu'il traitait de coquine et d'impertinente. Béralde lui demanda de ne pas s'échauffer l'esprit et de raisonner calmement. Il lui demanda pourquoi il voulait mettre sa fille dans un couvent. Argan répondit que c'était parce qu'il était maßtre dans sa famille. Béralde insinua que c'était sa femme qui lui conseillait cela. Argan défendit Béline. Béralde lui demanda alors pourquoi il voulait donner sa fille en mariage au fils d'un médecin. Argan expliqua qu'il voulait se faire un gendre et des alliés médecins pour avoir de bons secours contre sa maladie. Béralde lui fit remarquer qu'il ne voyait point d'homme moins malade que lui.
Bien loin de la tenir vĂ©ritable, je la trouve... une des plus grandes folies qui soit parmi les hommes ; et... je ne vois point de plus plaisante momerie... quâun homme qui se veut mĂȘler dâen guĂ©rir un autre.
La colĂšre de Monsieur Purgon et la rupture
BĂ©ralde critiqua la mĂ©decine et les mĂ©decins. Argan se fĂącha et dit qu'il aurait voulu qu'un mĂ©decin soit lĂ pour rembarrer ses raisonnements. BĂ©ralde lui proposa d'aller voir les comĂ©dies de MoliĂšre sur ce sujet. Argan traita MoliĂšre d'impertinent qui se moquait d'honnĂȘtes gens comme les mĂ©decins. L'apothicaire arriva avec un clystĂšre. BĂ©ralde empĂȘcha Argan de le prendre et renvoya l'apothicaire. Celui-ci alla se plaindre au mĂ©decin. Le mĂ©decin arriva peu aprĂšs, furieux.
Il déclara qu'on s'était moqué de ses ordonnances et qu'on avait refusé de prendre le remÚde qu'il avait prescrit. Il qualifia cela d'action exorbitante, d'attentat énorme contre la médecine, de crime de lÚse-Faculté. Il rompit commerce avec Argan et déchira la donation qu'il faisait à son neveu en faveur du mariage. Il abandonna Argan à sa mauvaise constitution.
Jâai Ă vous dire que je vous abandonne Ă votre mauvaise constitution, Ă lâintempĂ©rie de vos entrailles, Ă la corruption de votre sang, Ă lâĂącretĂ© de votre bile et Ă la fĂ©culence de vos humeurs.
Il prédit qu'avant quatre jours Argan tomberait dans un état incurable, puis dans la bradypepsie, la dyspepsie, l'apepsie, la lienterie, la dysenterie, l'hydropisie, et enfin dans la privation de la vie. Argan fut terrifié et crut qu'il allait mourir. Béralde tenta de le raisonner, lui disant que le médecin ne tenait pas dans ses mains le filet de ses jours.
Toinette déguisée en médecin
Toinette annonça qu'un mĂ©decin demandait Ă voir Argan. C'Ă©tait elle-mĂȘme dĂ©guisĂ©e. Elle se prĂ©senta comme un mĂ©decin de quatre-vingt-dix ans qui paraissait trĂšs jeune grĂące aux secrets de son art. Elle se disait mĂ©decin passager qui cherchait des malades dignes de l'occuper. Elle voulait des maladies d'importance, de bonnes fiĂšvres, de bonnes pestes, de bonnes hydropisies. Elle examina le pouls d'Argan et diagnostiqua que c'Ă©tait du poumon qu'il Ă©tait malade, et non du foie ou de la rate comme le disaient les autres mĂ©decins. Ă tous les symptĂŽmes qu'Argan dĂ©crivait, elle rĂ©pondait que c'Ă©tait le poumon. Elle critiqua les prescriptions de son mĂ©decin, le traitant d'ignorant. Elle lui ordonna de boire son vin pur et de manger de bon gros bĆuf, du porc, du fromage de Hollande. Puis elle lui dit qu'elle lui ferait couper un bras et crever un Ćil droit, car ils dĂ©robaient la nourriture aux autres membres. Argan trouva cela excessif. Le faux mĂ©decin partit en disant qu'il devait se rendre Ă une consultation pour un homme qui Ă©tait mort la veille. Argan fut impressionnĂ© par ce mĂ©decin habile, mĂȘme s'il trouvait qu'il allait un peu vite. Toinette revint sous son apparence normale et prĂ©tendit que le mĂ©decin avait voulu lui tĂąter le pouls.
Les épreuves de lamour et la résolution finale
BĂ©ralde voulut parler du parti qui s'offrait pour AngĂ©lique, mais Argan refusa, voulant la mettre dans un couvent. BĂ©ralde lui reprocha son entĂȘtement pour sa femme et de donner tĂȘte baissĂ©e dans tous les piĂšges qu'elle lui tendait. Toinette proposa de lui montrer comme sa femme l'aimait vraiment. Elle suggĂ©ra qu'Argan se mette dans sa chaise et contrefasse le mort pour voir la rĂ©action de BĂ©line. Argan accepta. BĂ©line arriva. Toinette lui annonça que son mari Ă©tait mort. BĂ©line se rĂ©jouit d'ĂȘtre dĂ©livrĂ©e d'un grand fardeau. Elle dĂ©crivit Argan comme un homme incommode, malpropre, dĂ©goĂ»tant, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur. Elle voulut s'emparer de ses papiers et de son argent avant que quiconque soit averti. Argan se leva brusquement. BĂ©line s'enfuit, Ă©pouvantĂ©e. Argan dit qu'il Ă©tait bien aise d'avoir entendu le beau panĂ©gyrique qu'elle avait fait de lui. Toinette proposa de faire la mĂȘme Ă©preuve avec AngĂ©lique. Argan contrefit de nouveau le mort. AngĂ©lique arriva. Toinette lui annonça que son pĂšre Ă©tait mort. AngĂ©lique pleura amĂšrement.
HĂ©las ! faut-il que je perde mon pĂšre, la seule chose qui me restait au monde ? et quâencore... je le perde dans un moment oĂč il Ă©tait irritĂ© contre moi ? Que deviendrai-je, malheureuse, et quelle consolation trouver...
ClĂ©ante arriva et la consola. AngĂ©lique dit qu'elle renonçait au monde et voulait suivre une des intentions de son pĂšre. Elle se jeta Ă genoux et embrassa son pĂšre pour lui tĂ©moigner son ressentiment. Argan l'embrassa et lui dit qu'il Ă©tait ravi d'avoir vu son bon naturel. AngĂ©lique le supplia de ne pas la forcer Ă Ă©pouser un autre que ClĂ©ante. ClĂ©ante se jeta aux genoux d'Argan. BĂ©ralde et Toinette ajoutĂšrent leurs priĂšres. Argan consentit au mariage Ă condition que ClĂ©ante se fasse mĂ©decin. ClĂ©ante accepta volontiers. BĂ©ralde eut alors une idĂ©e : qu'Argan se fasse mĂ©decin lui-mĂȘme. Ainsi il aurait en lui tout ce qu'il lui fallait. Argan objecta qu'il Ă©tait trop vieux pour Ă©tudier. BĂ©ralde lui assura qu'il Ă©tait assez savant et qu'en recevant la robe et le bonnet de mĂ©decin, il apprendrait tout. Il proposa qu'une facultĂ© de ses amies vienne faire la cĂ©rĂ©monie dans sa maison. Argan accepta. BĂ©ralde expliqua aux autres que les comĂ©diens avaient fait un petit intermĂšde de la rĂ©ception d'un mĂ©decin avec des danses et de la musique, et qu'il voulait qu'ils en prennent ensemble le divertissement, avec Argan dans le premier personnage. AngĂ©lique hĂ©sita, trouvant qu'on se jouait un peu beaucoup de son pĂšre, mais BĂ©ralde la rassura en disant que ce n'Ă©tait que s'accommoder Ă ses fantaisies. Tous partirent prĂ©parer la cĂ©rĂ©monie burlesque.