Le modèle (Maupassant)
Résumé court
Étretat, ville balnéaire normande par un jour de juillet. Le peintre réputé Jean Summer se promenait avec sa femme estropiée dans un fauteuil roulant.
Deux jeunes gens observaient Jean et son épouse. L'un expliqua à l'autre leur histoire : autrefois, Jean, devenu amoureux fou de Joséphine, son modèle, avait vécu trois mois heureux, ne voyant que ses charmes et son élégance. Mais cette passion n'avait pas duré longtemps.
Très vite, leur quotidien était devenu invivable à cause du mauvais caractère de Joséphine. Exaspéré, Jean l'avait quittée en lui laissant vingt-mille francs. Joséphine était venue le retrouver, blessée dans son orgueil. Lors d'une terrible dispute, menaçant de mort, elle avait sauté par la fenêtre.
Je n'oublierai jamais l'effet que me fit cette fenêtre ouverte, après l'avoir vu traverser par ce corps qui tombait ; elle me parut en une seconde grande comme le ciel et vide comme l'espace.
Joséphine survécut, mais ses jambes furent brisées à jamais. Jean, rongé par le remords, l'épousa finalement. Depuis, ils vivaient ensemble, mais dans un silence morne et sans amour.
Résumé détaillé
La division en sections est éditoriale.
Introduction à Étretat et au couple mystérieux
Par une belle journée de juillet, la petite ville d'Étretat dévoilait sa splendeur avec ses falaises blanches, son galet blanc et sa mer bleue. Sur la plage et la terrasse du Casino, une foule élégante profitait du soleil. Parmi les promeneurs se trouvait un couple singulier : un jeune homme à l'air morne marchait à côté d'une petite voiture de malade où reposait une jeune femme.
La conversation des deux hommes et le mystère du mariage
Non loin du couple, deux jeunes hommes discutaient, assis sur un cabestan. L'un d'eux connaissait Jean Summer et expliquait à son ami pourquoi le peintre avait épousé une femme infirme. Selon lui, les peintres avaient la spécialité des mariages ridicules, épousant souvent leurs modèles par sottise.
Mais, mon ami, elles sont en même temps sincères et fausses, parce qu'il est dans leur nature d'être les deux à l'extrême et de n'être ni l'un ni l'autre.
Le narrateur entreprit alors de raconter l'histoire de ce couple, expliquant que la jeune femme avait joué un drame effrayant, risquant le tout pour le tout, et que les femmes étaient des énigmes indéchiffrables, à la fois sincères et fausses dans leurs émotions.
Le début de la relation entre Jean et Joséphine
Joséphine était un modèle qui posait pour Jean Summer. Elle était jolie et élégante, possédant une taille divine. Le peintre tomba amoureux d'elle, croyant sincèrement qu'il ne pourrait plus se passer d'elle pour le reste de sa vie, comme cela arrive souvent lorsqu'on désire une femme.
Aussitôt qu'on désire une femme, on croit sincèrement qu'on ne pourra plus se passer d'elle pendant tout le reste de sa vie. On sait fort bien que la chose vous est déjà arrivée ; que le dégoût a toujours suivi la possession.
Joséphine était vraiment gentille, dotée d'une niaiserie élégante propre aux petites Parisiennes. Elle jacassait, babillait et disait des bêtises qui semblaient spirituelles par la manière dont elles étaient débitées. Ses mouvements étaient gracieux et parfaits, séduisants pour l'œil d'un peintre.
Pendant trois mois, Jean ne s'aperçut pas qu'elle ressemblait à tous les modèles. Ils louèrent une petite maison à Andrésy pour l'été.
La détérioration de leur relation et la tentative de rupture
Un soir, alors que le narrateur était présent, les premières inquiétudes apparurent dans l'esprit de Jean. Lors d'une promenade au bord de la rivière par une nuit magnifique, Joséphine se mit à parler sans cesse, interrompant la rêverie de Jean. Elle se fâcha quand il lui demanda de se taire, et une scène de reproches et de larmes s'ensuivit.
Trois mois plus tard, Jean se débattait dans cette relation devenue insupportable. Ils se querellaient constamment, s'injuriaient et se battaient. Désespéré, il décida d'en finir. Il vendit toutes ses toiles, emprunta de l'argent à ses amis, réunit vingt mille francs qu'il laissa sur la cheminée avec une lettre d'adieu, puis se réfugia chez le narrateur.
Mais Joséphine le retrouva rapidement. Elle fit irruption chez le narrateur, jeta l'enveloppe contenant l'argent aux pieds de Jean et déclara qu'elle ne voulait pas être traitée comme une fille. Elle exigeait qu'il la garde auprès de lui.
La tentative de suicide et ses conséquences
Le narrateur tenta de raisonner Joséphine, mais elle restait obstinée. Pour désamorcer la situation, il lui fit croire que Jean allait se marier. Bouleversée par cette révélation, elle menaça de se suicider si Jean se mariait.
Si tu te maries, je me tue... tu entends. [...] Tu dis ?... tu dis ?... tu dis ?... répète ! [...] Il ne faudrait pas m'en défier. Je me jetterais par la fenêtre.
Jean, exaspéré, la défia de le faire. Il ouvrit la fenêtre et, avec un geste ironique, l'invita à sauter. À la stupéfaction des deux hommes, Joséphine prit son élan et se jeta par la fenêtre.
Le narrateur fut profondément marqué par cette scène, la fenêtre ouverte lui paraissant soudain immense comme le ciel et vide comme l'espace. Jean, quant à lui, resta figé par le choc.
On rapporta la pauvre fille avec les deux jambes brisées. Elle ne marchera plus jamais. Son amant, fou de remords et peut-être aussi touché de reconnaissance, l'a reprise et épousée.
Ainsi s'achevait l'histoire racontée par le narrateur à son interlocuteur. Joséphine avait survécu à sa chute, mais avec les deux jambes brisées, condamnée à ne plus jamais marcher. Jean, accablé par le remords et peut-être aussi touché par ce geste désespéré, l'avait reprise et épousée.
Retour au présent
Le soir tombait sur Étretat. La jeune femme, ayant froid, voulut partir. Le domestique se remit à pousser la petite voiture d'invalide vers le village, tandis que le peintre marchait silencieusement à côté de sa femme.
Ils n'avaient pas échangé un mot depuis une heure. Le couple mystérieux s'éloignait ainsi dans le crépuscule, portant avec eux le poids de leur histoire tragique et de leur union née du remords.