Yvain (Chrétien de Troyes)

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Yvain ou le Chevalier au Lion
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Résumé du roman
L'original se lit en 192 minutes
Micro-résumé
Un chevalier tua le gardien d'une fontaine et épousa sa veuve. Ayant oublié sa promesse, il devint fou. Guéri, il sauva un lion et, aprÚs de nobles exploits, retrouva l'amour de sa dame par ruse.

Résumé succinct

Bretagne, Ă©poque lĂ©gendaire. À la cour du roi Arthur, lors des fĂȘtes de la PentecĂŽte, le chevalier Calogrenant raconta sa dĂ©faite humiliante face au gardien d'une fontaine magique situĂ©e dans la forĂȘt de BrocĂ©liande.

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Messire Yvain (Le Chevalier au Lion) — protagoniste, fils du roi Urien, chevalier de la Table Ronde, environ 25 ans, courageux mais faillible, sombre dans la folie avant de se racheter par ses exploits.

Désireux de venger son cousin, Yvain se rendit secrÚtement à la fontaine. Il vainquit le gardien Esclados mais se retrouva piégé dans son chùteau. La servante Lunette le sauva et arrangea son mariage avec Laudine, la veuve d'Esclados, qui avait besoin d'un protecteur. Toutefois, entraßné par Gauvain dans les tournois, Yvain manqua sa promesse de revenir auprÚs d'elle aprÚs un an. Banni par sa dame pour cette trahison, il sombra dans la démence et erra nu dans les bois.

GuĂ©ri par un onguent fĂ©erique, Yvain reprit sa route et sauva un lion attaquĂ© par un serpent cracheur de feu. Une fois le monstre tuĂ©, le fauve ne l'attaqua pas :

il prit l’attitude de celui qui se rend, Ă©tendit devant lui ses pieds joints, et tint sa tĂȘte inclinĂ©e vers la terre ... et il mouillait sa face de larmes, par grande humilitĂ©. Messire Yvain comprend que le lion le remercie

AccompagnĂ© de son fidĂšle lion, Yvain multiplia les actes de bravoure pour se racheter : il tua le gĂ©ant Harpin et sauva Lunette du bĂ»cher. Il affronta mĂȘme son ami Gauvain lors d'un duel judiciaire sans qu'ils ne se reconnussent, jusqu'Ă  l'intervention du roi Arthur. Finalement, Yvain retourna Ă  la fontaine et dĂ©chaĂźna des tempĂȘtes. GrĂące Ă  une ruse de Lunette, Laudine accepta de pardonner au Chevalier au Lion, ignorant qu'il s'agissait de son Ă©poux, avant de se rĂ©concilier pleinement avec lui.

Résumé détaillé

Le Récit de Calogrenant

Lors de la fĂȘte de la PentecĂŽte, la cour du roi Arthur Ă©tait rĂ©unie Ă  Carduel, au pays de Galles. Tandis que le roi s'Ă©tait retirĂ© avec la reine, un groupe de chevaliers, dont Dodinel, Sagremor, Gauvain, Yvain et Keu, s'assembla pour Ă©couter une histoire. Keu, fidĂšle Ă  sa nature acerbe, se moqua de la politesse de Calogrenant envers la reine GueniĂšvre, ce qui provoqua une dispute. La reine intervint pour rĂ©primander le sĂ©nĂ©chal pour sa mĂ©chancetĂ© habituelle, et Keu finit par demander Ă  Calogrenant de poursuivre son rĂ©cit malgrĂ© l'interruption.

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Messire Keu — sĂ©nĂ©chal du roi Arthur, chevalier expĂ©rimentĂ©, langue de vipĂšre, perfide, acerbe, provocateur, se moque de Calogrenant et d'Yvain avant d'ĂȘtre humiliĂ©.
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Calogrenant — chevalier de la Table Ronde, cousin d'Yvain, conteur de l'aventure initiale, honnĂȘte quant Ă  son Ă©chec face au chevalier de la fontaine.

Calogrenant exigea une attention totale de son auditoire, insistant sur l'importance d'Ă©couter avec le cƓur.

la parole se perd si elle n’est pas entendue du cƓur. ... la parole vient aux oreilles ainsi que le vent qui vole, et elle ne s’y arrĂȘte pas ... : elle s’envole aussitĂŽt, si le cƓur n’est pas en Ă©veil

Il raconta comment, sept ans auparavant, cherchant l'aventure dans la forĂȘt de BrocĂ©liande, il fut hĂ©bergĂ© par un vavasseur hospitalier. Le lendemain, il rencontra un vilain hideux gardant des taureaux sauvages, qui lui indiqua le chemin vers une fontaine merveilleuse. ArrivĂ© sur place, Calogrenant versa de l'eau sur le perron, dĂ©clenchant une tempĂȘte effroyable suivie de l'attaque d'un chevalier gardien des lieux. Vaincu et humiliĂ©, Calogrenant dut repartir Ă  pied, laissant son cheval Ă  son vainqueur.

Yvain tente laventure

Le rĂ©cit de cette honte Ă©mut profondĂ©ment Yvain, qui jura de venger son cousin. MalgrĂ© les nouvelles railleries de Keu, Yvain dĂ©cida de partir secrĂštement avant que le roi Arthur, qui projetait de se rendre Ă  la fontaine avec sa cour, ne lui vole cette gloire. Il chevaucha seul Ă  travers montagnes et vallĂ©es jusqu'Ă  atteindre la forĂȘt de BrocĂ©liande et le pin merveilleux dĂ©crit par Calogrenant.

Sans hésiter, Yvain saisit le bassin d'or et versa de l'eau sur le perron d'émeraude, provoquant immédiatement un cataclysme naturel.

J’en versai trop, je le crains : aussitĂŽt, je vis le ciel si troublĂ© que plus de quatorze Ă©clairs Ă  la fois frappaient mes yeux ; les nuages se mirent Ă  dĂ©verser pĂȘle-mĂȘle pluie, neige et grĂȘle.

DĂšs que la tempĂȘte se calma et que les oiseaux reprirent leurs chants, le chevalier gardien de la fontaine surgit, furieux des dĂ©gĂąts causĂ©s Ă  son domaine. Les deux combattants s'Ă©lancĂšrent l'un contre l'autre avec une violence inouĂŻe, brisant leurs lances et dĂ©chiquetant leurs Ă©cus. Le combat fut rude, mais Yvain finit par porter un coup terrible sur le heaume de son adversaire, lui fendant le crĂąne. Le chevalier, blessĂ© Ă  mort, prit la fuite vers son chĂąteau. Yvain, craignant de ne pas avoir de preuves de sa victoire pour faire taire les moqueries de Keu, se lança Ă  sa poursuite effrĂ©nĂ©e. Il talonna le fuyard jusqu'Ă  l'entrĂ©e de la forteresse, s'engouffrant derriĂšre lui sous la herse du chĂąteau.

Yvain dans le palais

Le chevalier blessĂ© franchit la porte, mais Yvain se retrouva piĂ©gĂ© entre deux herses coulissantes : celle de derriĂšre tomba brutalement, tranchant son cheval en deux et effleurant le dos du hĂ©ros. Prisonnier, Yvain fut secouru par une demoiselle nommĂ©e Lunette, qui se souvint de la courtoisie dont il avait fait preuve envers elle autrefois Ă  la cour d'Arthur.

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Lunette — demoiselle de compagnie et confidente de Laudine, jeune femme ingĂ©nieuse, loyale et diplomate, sauve la vie d'Yvain et orchestre son mariage puis sa rĂ©conciliation.

Elle lui confia un anneau d'invisibilité pour le protéger des hommes du chùteau qui cherchaient à venger leur seigneur mort. Invisible, Yvain assista aux funérailles et fut frappé par la beauté désespérée de la veuve, Laudine.

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Laudine (Dame de Landuc) — dame de la fontaine, veuve d'Esclados puis Ă©pouse d'Yvain, jeune femme noble, belle, fiĂšre, intransigeante sur l'honneur et la fidĂ©litĂ©, capable de grande colĂšre.

Au lieu de fuir, Yvain tomba éperdument amoureux de celle dont il venait de tuer le mari, ce qui plongea son esprit dans un grand tourment intérieur.

Je suis fou de dĂ©sirer ce que je n’obtiendrai jamais. Je lui ai blessĂ© son mari Ă  mort et je prĂ©tends faire la paix avec elle ! ... elle me hait actuellement plus qu’aucun ĂȘtre au monde, et c’est Ă  bon droit.

Lunette entreprit alors de convaincre sa maĂźtresse qu'elle devait se remarier au plus vite pour assurer la dĂ©fense de la fontaine, menacĂ©e par la venue imminente du roi Arthur. Par une habile rhĂ©torique, elle fit admettre Ă  Laudine qu'un chevalier capable de vaincre son Ă©poux valait nĂ©cessairement mieux que lui. AprĂšs avoir hĂ©sitĂ© et s'ĂȘtre mise en colĂšre, Laudine accepta finalement de rencontrer ce mystĂ©rieux chevalier qui prĂ©tendait l'aimer plus que tout.

Mariage dYvain et Laudine

Yvain fut introduit auprĂšs de Laudine. Il se soumit entiĂšrement Ă  sa volontĂ©, avouant que son crime avait Ă©tĂ© commis en Ă©tat de lĂ©gitime dĂ©fense, mais que son cƓur lui appartenait dĂ©sormais totalement Ă  cause de sa beautĂ©. Laudine, pressĂ©e par ses barons et par la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger ses terres, accepta de l'Ă©pouser. Les noces furent cĂ©lĂ©brĂ©es le jour mĂȘme dans une grande allĂ©gresse, faisant d'Yvain le nouveau seigneur et gardien de la fontaine. Peu aprĂšs, le roi Arthur arriva comme prĂ©vu pour voir le prodige de la fontaine.

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Le Roi Arthur — roi de Bretagne, homme d'Ăąge mĂ»r, autoritĂ© suprĂȘme de la cour, sage et juste, il arbitre le conflit final entre les deux sƓurs de la Noire-Épine.

Yvain, dĂ©sormais maĂźtre des lieux, dĂ©fendit la fontaine contre Keu, qu'il dĂ©sarçonna, lui infligeant une belle leçon d'humilitĂ©. Il se fit ensuite reconnaĂźtre, invitant le roi et sa cour au chĂąteau pour une fĂȘte magnifique. LĂ , Yvain se lia d'une grande amitiĂ© avec Gauvain.

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Messire Gauvain — neveu du roi Arthur, « le soleil des chevaliers Â», homme d'Ăąge mĂ»r, modĂšle de courtoisie et de prouesse, meilleur ami d'Yvain mais l'affronte sans le reconnaĂźtre.

Gauvain persuada Yvain de ne pas s'enfermer dans le confort du mariage et de continuer Ă  courir les tournois pour maintenir sa renommĂ©e. Laudine consentit Ă  laisser partir son Ă©poux, mais Ă  une condition stricte : il devait revenir au bout d'un an, faute de quoi elle lui retirerait son amour. Elle lui remit un anneau protecteur, et Yvain partit, le cƓur lourd mais confiant.

Désespoir et folie dYvain

Yvain participa Ă  de nombreux tournois et accumula les succĂšs, oubliant dans l'ivresse de la gloire la promesse faite Ă  sa dame. L'annĂ©e s'Ă©coula et, alors qu'il cĂ©lĂ©brait ses victoires, une demoiselle envoyĂ©e par Laudine surgit soudainement. Elle l'accusa publiquement de trahison et de fĂ©lonie, lui arracha l'anneau et dĂ©clara que Laudine ne voulait plus jamais le revoir. BrisĂ© par la culpabilitĂ© et la honte, Yvain perdit la raison. Il s'enfuit loin des hommes, dĂ©chira ses vĂȘtements et vĂ©cut nu dans la forĂȘt comme une bĂȘte sauvage, se nourrissant de venaison crue qu'il chassait lui-mĂȘme. Un ermite prit pitiĂ© de lui, lui donnant du pain et de l'eau en Ă©change des peaux de bĂȘtes qu'Yvain lui apportait. Ce fut finalement la Dame de Norison et ses suivantes qui le dĂ©couvrirent endormi et le reconnurent Ă  une cicatrice.

La dame utilisa un onguent magique de la fée Morgue pour guérir sa folie. Une fois rétabli, Yvain, honteux de sa nudité, accepta l'hospitalité de la dame. Pour la remercier de ses soins, il l'aida à se défendre contre le comte Alier qui pillait ses terres. Yvain combattit vaillamment, mit en déroute l'armée ennemie et captura le comte, l'obligeant à se soumettre. Bien que la Dame de Norison souhaitùt l'épouser, Yvain décida de reprendre sa route, cherchant à donner un sens à sa vie aprÚs sa faute.

LÉpisode du lion

Errant dans la forĂȘt, Yvain fut tĂ©moin d'un combat Ă©trange entre un lion et un serpent crachant du feu. Prenant le parti de la bĂȘte la plus noble, il tua le serpent avec son Ă©pĂ©e. Au lieu de l'attaquer, le lion lui tĂ©moigna sa gratitude en s'inclinant et en pleurant d'humilitĂ©.

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Le Lion — animal sauvage noble, puissant, dĂ©vouĂ© corps et Ăąme Ă  Yvain aprĂšs avoir Ă©tĂ© sauvĂ© d'un serpent, combat aux cĂŽtĂ©s de son maĂźtre, symbole de force et de gratitude.

DĂ©sormais insĂ©parables, l'homme et le fauve voyagĂšrent ensemble, le lion chassant pour nourrir son maĂźtre. Le hasard les ramena prĂšs de la fontaine merveilleuse. En revoyant les lieux de son bonheur perdu, Yvain fut saisi d'une telle douleur qu'il s'Ă©vanouit, se blessant accidentellement avec son Ă©pĂ©e en tombant. Le lion, croyant son maĂźtre mort, tenta de se suicider avec l'arme, mais Yvain reprit conscience juste Ă  temps pour l'en empĂȘcher. Dans son dĂ©sespoir, Yvain commença Ă  se lamenter sur son sort malheureux.

Celui qui renonce Ă  la joie, au bonheur par sa propre faute doit bien se haĂŻr Ă  mort. Il doit se haĂŻr et mourir. Et moi, qui suis sans tĂ©moin, pourquoi hĂ©sitĂ©-je Ă  me tuer ? ... Et je devrais craindre de mourir

Soudain, une voix lui rĂ©pondit Ă  travers le mur de la chapelle voisine. C'Ă©tait Lunette, emprisonnĂ©e et condamnĂ©e au bĂ»cher. Elle expliqua qu'elle Ă©tait accusĂ©e de trahison par le sĂ©nĂ©chal pour avoir favorisĂ© le mariage de Laudine avec Yvain, l'homme qui l'avait ensuite abandonnĂ©e. Yvain, bouleversĂ© d'ĂȘtre la cause de son malheur, promit de combattre ses trois accusateurs le lendemain pour la sauver.

Yvain et Harpin de la Montagne

Avant de pouvoir secourir Lunette, Yvain dut demander l'hospitalitĂ© dans un chĂąteau oĂč rĂ©gnait une grande tristesse. Le seigneur des lieux Ă©tait menacĂ© par un gĂ©ant qui avait capturĂ© ses six fils, en avait dĂ©jĂ  tuĂ© deux, et exigeait qu'on lui livrĂąt la fille du seigneur le lendemain, sous peine de tuer les quatre fils restants.

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Harpin de la Montagne — gĂ©ant monstrueux, cruel et arrogant, vĂȘtu de peaux d'ours, menace de violer la fille d'un seigneur et tue ses fils, tuĂ© par Yvain avec l'aide du lion.

Yvain accepta de combattre le monstre, mais posa comme condition que le duel ait lieu avant midi, afin de ne pas manquer son rendez-vous pour sauver Lunette. Le lendemain, le gĂ©ant tarda Ă  venir, ce qui angoissa Yvain. Finalement, Harpin arriva avec ses prisonniers maltraitĂ©s par un nain. Le combat s'engagea : Yvain, protĂ©gĂ© par son Ă©cu, porta des coups puissants, mais le gĂ©ant Ă©tait redoutable. Le lion, voyant son maĂźtre en danger, se hĂ©rissa et bondit sur le gĂ©ant, lui arrachant un morceau de hanche. GrĂące Ă  cette aide prĂ©cieuse, Yvain put trancher l'Ă©paule du gĂ©ant puis lui transpercer le foie. Victorieux, il refusa toute rĂ©compense et demanda seulement que le seigneur aille dire Ă  Gauvain que le « Chevalier au Lion Â» avait accompli cet exploit. PressĂ© par le temps, il repartit au galop vers la fontaine.

Lunette au bûcher

Yvain arriva juste Ă  temps : Lunette Ă©tait dĂ©jĂ  liĂ©e sur le bĂ»cher, prĂȘte Ă  ĂȘtre brĂ»lĂ©e vive, entourĂ©e par une foule de dames qui pleuraient sa perte. Yvain, confiant en son bon droit et en l'aide de Dieu, dĂ©fia le sĂ©nĂ©chal et ses deux frĂšres. Bien qu'ils lui aient conseillĂ© de fuir face Ă  leur supĂ©rioritĂ© numĂ©rique, Yvain engagea le combat. Il rĂ©sista vaillamment, mais la lutte contre trois adversaires s'avĂ©ra inĂ©gale et Ă©puisante. Le lion, bien qu'Yvain lui eĂ»t ordonnĂ© de rester en retrait, ne put supporter de voir son maĂźtre en pĂ©ril et se jeta dans la mĂȘlĂ©e, terrassant le sĂ©nĂ©chal. Avec l'aide de son fidĂšle animal, Yvain vainquit les deux autres chevaliers, qui furent jetĂ©s dans le bĂ»cher qu'ils avaient prĂ©parĂ© pour Lunette. La demoiselle fut libĂ©rĂ©e et rĂ©conciliĂ©e avec Laudine. Yvain, toujours incognito, refusa de rester au chĂąteau, dĂ©clarant Ă  Laudine qu'il ne pourrait trouver le repos tant que sa propre dame ne lui aurait pas pardonnĂ©. Il repartit, soignant son lion blessĂ©.

Les SƓurs de la Noire-Épine

Entre-temps, le seigneur de la Noire-Épine mourut, laissant deux filles. L'aĂźnĂ©e voulut s'accaparer tout l'hĂ©ritage, chassant sa cadette. Cette derniĂšre dĂ©cida de faire appel Ă  la justice du roi Arthur, mais sa sƓur l'avait devancĂ©e et s'Ă©tait assurĂ© les services de Gauvain, qui accepta de la dĂ©fendre Ă  condition que son identitĂ© reste secrĂšte. La cadette, malade et dĂ©sespĂ©rĂ©e, partit Ă  la recherche du cĂ©lĂšbre Chevalier au Lion pour qu'il dĂ©fende sa cause.

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La Demoiselle de la Noire-Épine (La cadette) — jeune fille noble, dĂ©terminĂ©e et persĂ©vĂ©rante, injustement dĂ©shĂ©ritĂ©e par sa sƓur aĂźnĂ©e, parcourt le pays malade et Ă©puisĂ©e pour trouver le Chevalier au Lion.

Une amie de la cadette finit par retrouver Yvain aprĂšs une longue quĂȘte. Il accepta immĂ©diatement de l'aider, toujours accompagnĂ© de son lion. Sur leur chemin vers la cour d'Arthur, ils firent halte au chĂąteau de Pesme-Aventure. Les habitants tentĂšrent de les dissuader d'entrer, les maudissant pour leur venue, mais Yvain insista. À l'intĂ©rieur, il dĂ©couvrit trois cents demoiselles en haillons, travaillant la soie dans la misĂšre, exploitĂ©es par deux fils de dĂ©mon nĂ©s d'une femme et d'un esprit malĂ©fique. Le seigneur du chĂąteau expliqua Ă  Yvain la terrible coutume : il devait combattre les deux dĂ©mons pour pouvoir repartir. Le lendemain, Yvain affronta les monstres armĂ©s de massues. Son lion fut enfermĂ©, mais parvint Ă  s'Ă©chapper en grattant sous le seuil pour venir aider son maĂźtre. Ensemble, ils tuĂšrent les dĂ©mons. Le seigneur voulut alors offrir sa fille et ses terres Ă  Yvain, qui refusa fermement, ne souhaitant que libĂ©rer les captives. Il repartit avec la cadette de la Noire-Épine pour rejoindre la cour d'Arthur avant l'expiration du dĂ©lai judiciaire.

Yvain contre Gauvain

Arrivés à la cour, les deux chevaliers champions, Yvain et Gauvain, se préparÚrent au combat sans se reconnaßtre, car ils étaient tous deux cachés par leurs armures. Le duel fut long et acharné, aucun des deux héros ne parvenant à prendre l'avantage sur l'autre.

Et la Haine ne se manifeste-t-elle pas avec Ă©vidence ? ... c’est un vrai prodige qu’Amour et mortelle Haine soient trouvĂ©s rĂ©unis. Dieu ! Comment se peut-il qu’un mĂȘme logis soit le commun sĂ©jour de deux sentiments si contraires ?

La nuit tombant, ils dĂ©cidĂšrent de faire une pause. En discutant, ils finirent par dĂ©couvrir leurs identitĂ©s respectives. Fous de joie de se retrouver, ils jetĂšrent leurs armes, chacun voulant se dĂ©clarer vaincu pour honorer son ami. Le roi Arthur, amusĂ© et touchĂ© par cette amitiĂ©, intervint pour rĂ©gler le litige. Par une ruse, il fit avouer Ă  la sƓur aĂźnĂ©e qu'elle avait tentĂ© de spolier sa cadette, et rĂ©tablit la justice en partageant les biens. Une fois guĂ©ri de ses blessures, Yvain sentit que sa vie n'avait plus de sens sans l'amour de Laudine. Il retourna Ă  la fontaine et dĂ©clencha une tempĂȘte si violente qu'elle menaçait de dĂ©truire le chĂąteau. EffrayĂ©e, Laudine demanda conseil Ă  Lunette. Celle-ci, feignant l'ignorance, lui fit jurer sur des reliques d'aider le Chevalier au Lion Ă  se rĂ©concilier avec sa dame s'il acceptait de faire cesser la tempĂȘte. Laudine prĂȘta serment. Yvain se prĂ©senta alors et Lunette rĂ©vĂ©la sa vĂ©ritable identitĂ©.

Messire Yvain est donc rĂ©conciliĂ© avec sa dame ; et, croyez-m’en, jamais grĂące ne le rendit si heureux, aprĂšs le dĂ©sespoir oĂč il avait Ă©tĂ©. Il est dĂ©sormais au bout de ses peines, car il est aimĂ© et chĂ©ri de sa dame

Bien que piégée par son serment, Laudine finit par pardonner sincÚrement à Yvain, et ils vécurent heureux, Lunette restant leur fidÚle amie.